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Lettre de N. N. Besançon (25)
Bonjour,
 
     Je vous lis régulièrement avec intérêt.
     Mais aujourd'hui je suis en désaccord avec l'article intitulé "Bas les voiles".
     Mon opinion sur le port du voile et plus généralement sur la religion est claire : je suis marxiste et donc féministe.
     Plus j'y réfléchis plus je pense qu'on n'aurait pas du exclure ces filles.
     Tout simplement parce qu'on n'a en rien fait reculer l'obscurantisme par cet acte.
     On se retrouve au côté de Raffarin et compagnie. Ces mêmes crapules prêts à toutes les démagogies, les opressions, les compromissions avec les pires intégristes, pour assoir leur pouvoir sur la société.
     Certes ces filles ne se distinguent pas par leur niveau de conscience. Mais est-ce comme cela que nous, les révolutionnaires avons une chance de les infuencer, elles et tous les jeunes travaillés par les intégristes ?
     Et encore, Lila et Alma sont des filles d'intellectuels, elles sont d'avantages perméables aux nuances (encore que maintenant c'est plutôt compromis), mais les gosses d'ouvriers, ceux qui subissent toutes les injustices de cette société, ceux que l'extême gauche n'arrive pas à toucher, avec cette exclusion on les conforte dans l'idée que c'est eux, avec Allah, contre tous. Beau résultat !
     Il faut relire Marx sur la religion, qui engueulait les ouvriers communistes qui se montraient intolérants au point de refuser les crucifix et les icônes chez ceux qu'ils essayaient d'influencer.
     Marx disait que ce n'était pas la priorité, qu'il fallait démontrer aux ouvriers catholiques, dans la vie quotidienne, que la façon d'être des communistes était la bonne.
     Bref, il n'était pas dogmatique.
     C'est chaque jour, au bahut, au travail, dans les luttes, qu'il faut se montrer influent et non par la coercition.
     Dans une des boîtes où j'ai travaillé, une des militantes du syndicat était française d'origine marocaine, ouvrière sur machine. Elle s'était mise à porter le voile. Après lui avoir dit ce qu'on en pensait, on s'est battu, avec elle, au coude à coude, dans les grèves, contre les petits chefs, contre les ouvrières non voilées mais véhiculant une mentalité d'esclaves. Elle a continué à porter le voile mais c'était notre camarade.
     Contre les patrons athées de Danone! On avait défini cette prorité et je suis convaincu qu'on a eu raison.
 
     Salut.
 
N N. Besançon (25)