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Lettre de C, d'Ardèche
Chers amis de Cz et d'ailleurs

     Je n'écris pas souvent, surtout quand je suis d'accord, mais là justement, je n'arrive pas à être d'accord, même si je ne suis pas sûre de ne pas me tromper, voici donc  mes doutes, mêlés d'un peu de colère.
     Je n'étais pas et je ne suis toujours pas pour l'exclusion des deux adolescentes d'Aubervilliers, à vrai dire je rejoins assez ce qu'en a écrit Janos, et je suis même d'accord avec la réponse que vous a faite le père des deux lycéennes.
     Je trouve qu'une exclusion est une méthode barbare et stalinienne de résoudre les problèmes. Que ce soit dans un groupe politique ou dans une école, le désaccord ne peut pas être traité de cette façon. Je n'arrive même pas à comprendre que cela ne soit pas une évidence
     Je ne suis pas pour défendre l'hypocrisie de l'école laïque et républicaine, ni la légitimité des conseils de disciplines et je trouve complètement inégal et honteux le rapport de force entre une institution comme l'Education nationale et deux adolescentes.
     Je trouve que l'on grossit cette affaire en lui faisant endosser toutes les misères du monde. Ces deux jeunes filles auront du mal à faire marche arrière maintenant, ce qui n'aurait pas été le cas si on avait traité leur besoin de se démarquer, ou leur quête spirituelle du moment, à la mesure que sont ces besoins quand on a cet âge-là.
     Je me souviens qu'à leur âge j'ai eu une crise de religiosité qui m'amena à lire la bible intensément, à fréquenter les églises, etc. Deux ans plus tard je devenais marxiste, je ne sais plus bien si je le suis encore d'ailleurs !
     Je trouve malhonnête et inhumain de leur faire endosser la responsabilité des autres filles, celles qui n'ont pas leur chance de faire partie d'une famille éclairée et qui subissent le voile. Et de les accuser de saboter les combats des filles qui se retrouvent autour du mouvement "Ni pute, ni soumise". Cela fait beaucoup pour deux gamines qui n'ont pas demandé à devenir les personnages médiatiques qu'elles sont devenues.
     Il y a un vrai problème de soumission des femmes à travers le voile. On aurait pu trouver un moyen d'en parler, avec elles, ou avec les autres, dans l'école et ailleurs, on aurait pu les convaincre. Mais cela aurait pris un peu plus de temps. Et alors ? Ou était l'urgence ? À moins de contribuer au délire xéno phobique actuel qui met des hordes d'islamistes intégristes à tous les coins de rue prêts à fondre sur tout ce qui bouge ! Se sent-on si faibles qu'on en recourre à toute lapuissance de l'Etat pour résoudre les problèmes ? Depuis quand est-ce une valeur sûre ?
    Si Lila et Alma qui justement étaient libres, ont choisi de se tourner vers la religion pour exister un peu mieux, c'est effectivement le signe d'un recul. Mais elles n'en sont pas responsables, ni complices, même involontairement. Entre notre société staracadémisée, qui fabrique des petites lolitas à peine pubères déjà soumises aux désirs des hommes, et nauséeusement transformées en objets de consommation au grand bonheur de tous les rapaces de l'industrie vestimentaire et cosmétique et complètement fascinées, absorbées, prédigérées par notre belle société moderne, entre ce choix et une certaine pudeur, une dignité, illusoires, c'est certain, que donne un engagement religieux, franchement j'aurais tendance à respecter le choix de ces deux filles.
     Ce qui est tragique c'est que nous soyons si faibles, que nous n'ayons rien représenté d'attrayant pour elles, nous qui affirmons qu'un autre monde est possible. En dépit ou à cause ? de la tradition communiste de leur père. Il y a aussi un contexte pour cette histoire. La France de Raffarin Sarkosy et Le pen, ce racisme terrifiant, si content, si sûr de lui qui traîne dans les conversations partout, là où je vis. Il y a ces amalgames permanents entre islam, intégrisme, terrorisme. Et je suis d'accord pour dire avec Janos que cette exclusion va dans le sens du poil, pas bien reluisant.
Bien amicalement malgré tout
C, d'Ardèch