J’enseigne dans un lycée de la banlieue sud, polyvalent, avec
des sections générales et des sections STT. Des
élèves pas parmi les plus défavorisés, mais
les meilleurs élèves choisissent les deux lycées
de Sceaux, beaucoup plus cotés.
Des
prises de position personnelles ont été, ou non, prises
par des enseignants sur les problèmes de voiles qui se posent
dans l’établissement. Mais pas, jusque très tard (au
début de cette semaine), par le chef d’établissement.
Même s’il reste faible, le nombre de voiles s’est
multiplié par deux entre juin et septembre: nous arrivons
à quatre «vrais» voiles et dix voiles
«légers», sans compter un certain nombre de bandeaux
et de bandanas douteux.
Certaines élèves avouent être venues au
lycée, et après la rentrée, parce qu’on leur avait
dit que «dans cet établissement, on laissait faire».
D’autres affirment que si le voile est toléré à
l’école, elles n’auront plus aucun argument susceptible
d’être accepté chez elles pour ne pas le porter.
Les
problèmes, d’ordre très divers mais associés
à cette «tolérance» ou plutôt à
ce non-dit, se sont multipliés depuis un an: ·
Un groupe de
prière dans la cour, derrière le préau, qui
«ne gênait personne».
Une
élève refusant de travailler le samedi (pouvant
«écouter mais pas écrire») parce que sa
religion le lui interdit.
Un
élève Serbe affichant une croix de 10 cm, signe de
«son pardon pour les musulmans»
Un
élève refusant d’ôter sa casquette en cours
puisqu’on laissait sa camarade porter le voile.
Un
garçon refusant de travailler avec un groupe de filles pour
raisons religieuses.
Plusieurs élèves contestant des cours de SVT et
d’Histoire.
Un
élève protestant contre une sortie scolaire
organisée au cinéma pendant le ramadan (car deux
adolescents, habillés, échangeaient un baiser sur la
bouche à la fin du film).
On a
bien sûr tenté de gérer au cas par cas toutes ces
situations. Une partie de notre enseignement y est passé.
Je suis
totalement convaincue par l’argumentation de Chadortt Djavann et par
son appel à la responsabilité des intellectuels
européens. L’école doit pouvoir rester un espace de
liberté laïque où n’apparaissent pas les signes
d’appartenance religieuse.
Reste tout le combat
à mener derrière, à la fois contre l’emprise
grandissante des particularismes religieux à l’extérieur
du lycée, le sort réservé aux filles, les
«vertus républicaines» hypocritement
revendiquées.
Reste, c’est certain, l’essentiel. Mais l’interdiction du voile (et autres signes analogues) est un point de départ dont on ne peut pas faire l’économie.