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Lettre de Anne

PETITE CONTRIBUTION À LA DISCUSSION EN COURS

23 octobre 2003
    J’enseigne dans un lycée de la banlieue sud, polyvalent, avec des sections générales et des sections STT. Des élèves pas parmi les plus défavorisés, mais les meilleurs élèves choisissent les deux lycées de Sceaux, beaucoup plus cotés.
    Des prises de position personnelles ont été, ou non, prises par des enseignants sur les problèmes de voiles qui se posent dans l’établissement. Mais pas, jusque très tard (au début de cette semaine), par le chef d’établissement.
    Même s’il reste faible, le nombre de voiles s’est multiplié par deux entre juin et septembre: nous arrivons à quatre «vrais» voiles et dix voiles «légers», sans compter un certain nombre de bandeaux et de bandanas douteux.
    Certaines élèves avouent être venues au lycée, et après la rentrée, parce qu’on leur avait dit que «dans cet établissement, on laissait faire».
    D’autres affirment que si le voile est toléré à l’école, elles n’auront plus aucun argument susceptible d’être accepté chez elles pour ne pas le porter.
    Les problèmes, d’ordre très divers mais associés à cette «tolérance» ou plutôt à ce non-dit, se sont multipliés depuis un an: ·
    Un groupe de prière dans la cour, derrière le préau, qui «ne gênait personne».
    Une élève refusant de travailler le samedi (pouvant «écouter mais pas écrire») parce que sa religion le lui interdit.
    Un élève Serbe affichant une croix de 10 cm, signe de «son pardon pour les musulmans»
    Un élève refusant d’ôter sa casquette en cours puisqu’on laissait sa camarade porter le voile.
    Un garçon refusant de travailler avec un groupe de filles pour raisons religieuses.
    Plusieurs élèves contestant des cours de SVT et d’Histoire.
    Un élève protestant contre une sortie scolaire organisée au cinéma pendant le ramadan (car deux adolescents, habillés, échangeaient un baiser sur la bouche à la fin du film).
    On a bien sûr tenté de gérer au cas par cas toutes ces situations. Une partie de notre enseignement y est passé.
    Je suis totalement convaincue par l’argumentation de Chadortt Djavann et par son appel à la responsabilité des intellectuels européens. L’école doit pouvoir rester un espace de liberté laïque où n’apparaissent pas les signes d’appartenance religieuse.
Reste tout le combat à mener derrière, à la fois contre l’emprise grandissante des particularismes religieux à l’extérieur du lycée, le sort réservé aux filles, les «vertus républicaines» hypocritement revendiquées.
    Reste, c’est certain, l’essentiel. Mais l’interdiction du voile (et autres signes analogues) est un point de départ dont on ne peut pas faire l’économie.
Anne