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Lettre de JG (SNUipp)

Du fin fond de l'Egypte, je suis attentivement le débat sur la laïcité.
Alors, je vous envoie mon petit grain de sable.
Après avoir vu l'évolution d'un quartier de Grenoble avec de plus en plus de jeunes filles voilées, et vivant maintenant en Egypte, où nous sommes confrontés à ce problème dans notre école égyptienne (côté enseignants) et ailleurs, je suis particulièrement sensible au problème du voile et je sais combien il est difficile de prendre la décision d'exclure quelqu'un pour cette raison.
Pourtant, je partage bien davantage les positions que je trouve sur le journal de Respublica que celles de ceux qui pensent que la tolérance du voile à l'école peut avoir un résultat positif. Vu de loin peut-être, vu de près, je suis sûre que non. Je pense qu'au contraire elle aura un effet très négatif sur toutes les jeunes filles issues de familles musulmanes ou maghrébines et sur l'ensemble de la communauté scolaire qu'elle va diviser, ce qui ne fera que renforcer l'électorat du Front National.. De plus, cela compromettrait l'évolution de pays qui ne sont sans doute pas aussi immobiles qu'il y paraît et où le débat sur la laïcité qui nous traverse peut être attentivement suivi à travers notre presse et la télévision  par satellite, présente au Maghreb comme ici, dans de nombreuses familles.
Il est peut être possible que face à la menace d'un islamisme montant, dont se servent tout en le redoutant les pouvoirs en place, les valeurs de laïcité apparaissent - à certains intellectuels des pays à majorité musulmane en tout cas, si ce n'est aux politiques - comme une réponse possible à adapter à la réalité des pays du Maghreb et du Moyen- Orient. Islamisme et démocratie ne font pas bon ménage. Alors, le terrain que nous cèderons en Europe, ne fera que faire reculer l'espoir de ceux qui au Maghreb, au Moyen-Orient ou ailleurs luttent pour une société laïque et pour davantage de démocratie. C'est avec eux qu'il nous faut résister contre les pressions islamistes.

"Ni putes, ni soumises" n'est pas un mouvement qui est apparu par hasard et la tolérance à l'intolérance est suicidaire et met les femmes en danger. La pression sur elles avec des moyens d'intimidation (loi du silence et du plus fort dans nos banlieues) qui s'apparentent au fascisme devient de plus en plus importante dans nos pays.
Et l'évolution qu'a subi un pays comme l'Egypte ou d'autres pays du Maghreb peut aussi se produire en France, même si cela prendra évidemment une ampleur et une tournure différente.  En Egypte, en Algérie, la minijupe existait dans les années 60, on pouvait se promener avec des bras nus.
Aujourd'hui,  en l'espace de quelques années l'immense majorité des femmes égyptiennes s'est retrouvée à porter le "foulard", qui s'allonge de plus en plus comme celui des religieuses, quand ce n'est pas un vêtement fermé type "Belphégor".  Seules les touristes ou les riches égyptiennes qui ont les moyens de fréquenter des lieux fermées, des clubs ou des plages privées, peuvent se permettre de mettre des vêtements sans manches.
L'excision, qui vient des traditions des pays d'Afrique Noire est ici pratique courante (85 % des filles au Caire, 95 % ailleurs). Peu se dit à ce sujet qui reste tabou et dont nous croyons souvent qu'il se limite aux pays d'Afrique Noire. La virginité au mariage est obligatoire, aller dans un hôtel avec une femme lorsqu'on n'est pas marié est interdit et passible de prison ou d'amendes... On peut imaginer la frustration endurée par des millions de femmes et d'hommes. Et depuis quelques années, ce qui était de la drague des filles occidentales, s'est transformé en insultes comme dans nos banlieues. Ici, il faut du courage aux jeunes filles à la peau claire pour oser encore se promener seules. Beaucoup supportent très mal et pourtant c'est pire dans certaines de nos banlieues où l'on  ne se contente même plus des insultes mais où l'on agresse carrément celles qui résistent à la loi des "mâles dominants" qui s'abritent derrière des prétextes religieux. Dans les banlieues, certaines tenues ne sont plus tolérées par ceux qui se réclame de la morale islamiste. Si les jeunes filles ne se mettent pas le voile, elles se sentent néanmoins de moins en moins libres de porter n'importe quel vêtement. Concrètement, c'est aussi cela la montée de l'islamisme  et l'image de la société musulmane que nous avons en
France, excepté pour ceux qui vivent dans les banlieues, n'est qu'une autre version plus  limitée territorialement de cette oppression ici omniprésente bien
que sous d'autres formes. Ici, il n'y a pas d'agressions physiques dans les rues.
Jusqu'à quand si se poursuit l'évolution déjà constatée ???
Alors, à moins d'être masochistes ou sadiques, il y a des tolérances que je trouve coupables. J'aimerais vraiment que ceux qui professent la tolérance à l'égard du voile (des hommes peut-être ???) aillent vivre quelques temps la vie d'une femme et même celle d'un homme dans un pays à majorité musulmane et dont la loi s'inspire de la  Charia. J'espère que leur tolérance s'en trouverait ébranlée car ils percevraient mieux tout ce que cela implique au niveau de la vie quotidienne.

Le voile est un test. Si les islamistes arrivent à l'imposer, ils ne s'arrêteront pas en si bon chemin. D'autres libertés seront mises à mal et sur ce point les intérêts de l'extrême droite et celles des islamistes se rejoindront. Les dangers d'une loi sont sans aucun doute moindre que de ne pas légiférer du tout même si certains peuvent craindre une atteinte aux droits d'expression politiques et syndicaux par contrecoup. Il serait regrettable qu'une certaine gauche oublie l'inconvénient qu'il y a aussi à ne pas avoir une loi qui s'impose à tous, car cela aurait pour conséquence de soumettre chaque équipe enseignante aux pressions menaçantes des islamistes puisque l'on jugerait localement au cas par cas. Ne doutons pas que pour parvenir à leurs fins, les islamistes, quant à eux, utiliseront abondamment l'arme juridique, que nous votions ou non une loi.

Quand une femme se voile, il est difficile de déterminer quelle est la part de choix personnel et de pression de la société. Parfois, le voile est aussi une réaction de ceux qui se sentent mis à l'écart et qui se voilent, ici en réaction face à une bourgeoisie qui vit à l'occidentale et qui affiche un luxe insolent face à la pauvreté, en France en réaction à une société qui les condamne au chômage et où une partie d'une communauté lutte contre l'angoisse en se réfugiant dans la religion. Ceci d'autant plus que les mouvements islamistes commencent par apporter à ceux qui se sentent rejetés le soutien et l'assistance dont ils ont besoin et que ne leur apportent pas les politiques avant de les endoctriner. Mais ce n'est pas non plus aussi simple...

Tout comme les femmes battues en France qui ont du mal à parler, les femmes qui se voilent expriment difficilement les raisons profondes de leur décision. Au-delà du discours "officiel", il y a souvent d'autres raisons qu'on ne peut ou qu'on ne veut pas dire... Alors, juger et affirmer que c'est un choix personnel reste toujours douteux. Il y a souvent de multiples raison :  la famille, la pression sociale, l'envie d'être protégées des regards ou des réflexions masculines déplacées, la difficulté à résister quand on devient minoritaire à ne pas le porter, la réaction à une société qui vous rejette....
Alors, c'est vrai qu'il est important de dialoguer et d'interroger celles qui se voilent, mais, - et ceci me semble fondamental -, en tenant compte du fait quepour beaucoup, leur parole n'est pas libre comme l'est la nôtre. La liberté d'opinion que nous avons gagné en France n'existe pas partout et la vérité ne peut pas toujours être dite.
Quand on voit comme le phénomène du voile prend de l'ampleur en France, j'estime que l'on aurait tort de ne pas s'en préoccuper et je pense que l'on devrait soutenir ceux qui après toutes les tentatives de dialogue, excluent les jeunes filles qui refusent de l'enlever plutôt que ceux qui se font parfois involontairement les alliés "objectifs" des islamistes (j'insiste sur "islamistes" car de nombreux musulmans défendent la laïcité, eux qui savent ce qu'est un système ou sphère privée et publique ne sont pas séparées nettement).
Je pense que notre syndicat devrait débattre et prendre des positions claires à ce sujet si ce n'est déjà fait (même si elles ne sont pas faciles à prendre car s'y entremêle la peur d'être taxés de racistes ou d'intolérants aux autres cultures).
Qui doit-on défendre en priorité ? Les jeunes filles voilées, ou toutes celles qui, si on laisse le voile s'installer à l'école seront soumises à de plus en plus grandes pressions. Ce sont celles qui refuseront le voile qui seront les premières victimes de l'intolérance de ceux qui prônent la tolérance à l'égard du voile. Et à ce moment, là il sera un peu tard, comme pour la jeune fille brûlée qui a déclenché le mouvement "Ni putes, ni soumises" pour se rendre compte de l'erreur que l'on a faite en tolérant le voile.
Le voile nous divise, et à cet égard, les islamistes doivent se réjouir, eux qui ne prônent pas l'entente entre les peuples et qui n'ont pas beaucoup de tolérance envers les "infidèles" . Alors être tolérants, je veux bien, mais je doute que cette tolérance soit à double sens. Pour l'instant, le voile ne fait qu'exacerber les tensions entre les communautés, ce qui signifie bien que tout ce qui porte atteinte à la laïcité porte atteinte à la "co-existence pacifique" entre les peuples et entre les diverses opinions religieuses comme politiques.
Ne nous laissons pas piéger par une tolérance à sens unique !

Je partage entièrement l'opinion de Pascal Hilout, du Mouvement des Maghrébins laïques de France (MMLF)  favorable à une loi contre les signes religieux à l'école et qui : "reproche à la communauté "française" de mettre trop dans sa poche ses convictions universalistes. Nous ne défendons pas assez notre "modèle républicain", interpelle-t-il. Par contre, il se mouillera, lui, en disant qu'il faut arrêter de mentir aux musulmans, et que l'Islam et Mahomet sont responsables de beaucoup de maux, et qu'il faut le dire !"

Quand on vient d'un pays comme la France où la séparation sphère privée, sphère publique apparaît tellement naturelle qu'on en oublie qu'il a fallu se battre pour y parvenir, et que l'on se met à vivre dans un pays musulman où la religion est omniprésente dans la sphère publique, et où l'on voit des hommes et des femmes qui en souffrent, ces paroles trouvent une résonnance particulière.

De même que la religion catholique est historiquement responsable de beaucoup de maux, l'Islam l'est aussi et IL FAUT OSER LE DIRE (il n'y a qu'à lire certains passages du Coran pour s'en convaincre). Côté femmes, la religion n'a jamais été émancipatrice. Pour l'humanité en général, elle a plus souvent eu un rôle négatif que positif.  Quand la religion sort de la sphère privée où elle peut légitimement s'exprimer pour envahir la sphère publique comme à l'époque actuelle, il y a évidemment une menace pour une société qui depuis la révolution a su nettement séparer les deux sphères.
Ce qui nous semble aller de soi, ne va pas de soi dans de nombreuses sociétés et il est urgent de défendre les valeurs de laïcité qui sont loin d'être universellement partagées et qu'ici même, en Egypte, beaucoup ne comprennent pas.  ll est des pays, comme l'Egypte (qui est pourtant loin dans ses pratiques de l'Arabie Saoudite), où il est vivement déconseillé de dire que l'on est athée. Si beaucoup de musulmans tolèrent les croyants de différentes religions, dans de nombreux pays il est incompréhensible ou intolérable que l'on puisse ne pas croire.
On peut aimer un pays, le sien ou un autre, comme l'Egypte ou les pays du Maghreb dont sont majoritairement issues les familles des jeunes filles qui se voilent, tout en conservant le droit comme les citoyens de ces mêmes pays d'ailleurs, d'en critiquer certains aspects quand on estime que certaines coutumes ou dogmes religieux portent atteinte aux droits de l'homme... et surtout de la femme. N'oublions pas que les islamistes ne représentent pas tous les musulmans, loin de là.
Il faut donc donner priorité au respect des droits de l'homme, "de la femme et de l'enfant" et à la défense des valeurs universelles avant de défendre le droit à la différence quand il y a incompatibilité entre les deux.

Il est urgent d'EXPLIQUER LES FONDEMENTS DE LA LAICITE et de les DEFENDRE si nous voulons éviter une montée des intolérances et préserver la liberté d'opinion et l'égalité des femmes.

Amicalement.

J G (SNUipp)